We use cookies to personalise content and ads, to provide social media features and to analyse our traffic. Read more…
Sunday
29
APR

Écoutez le cinéma chanter : Muriel ou le temps d'un retour

18:00
20:30
Cinéma Véo Tulle
Event organized by Cinéma Véo Tulle

Get Directions

Category
#var:page_name# cover

Dans le cadre des Rencontres cinéma et société 2018 : Écoutez le cinéma chanter.

Séance présentée par François Porcile, réalisateur, historien du cinéma, essayiste et musicographe français.

Muriel ou le temps d’un retour, Alain Resnais, fiction, couleur,
France, 1963, 117 min

Hélène Aughain vit à Boulogne-sur-mer, avec son beau-fils Bernard, récemment revenu d’Algérie où il faisait son service militaire. Là-bas, il a été obligé de participer à la torture et d’assister au meurtre de Muriel, jeune fille algérienne accusée de sabotage. Les souvenirs de torture le hantent, il ne parvient pas à assumer ce passé. Resnais nous signifie ainsi que la torture est au centre du processus de destruction de Bernard, mais qu’elle n’est pas montrable et qu’il faut se hâter d’en porter témoignage sous peine de déni définitif.
En effet, évoquer la guerre d’Algérie au cinéma en 1963 est un sujet tabou, excepté Le petit soldat de Godard, mais le film fut interdit pendant de longues années.
Muriel est, de tous les films qui existent sur la guerre d’Algérie et qui abordent le thème de la torture, celui qui pousse le plus loin la réflexion sur sa représentation. Depuis 1963, aucun autre réalisateur n’a réussi à faire comprendre aussi profondément ce qu’a pu être le choc de la confrontation avec la pratique de la torture pour des appelés français. Comme souvent chez Resnais, on trouve une réflexion sur la mémoire et sur la réalité des souvenirs qui débouche sur un cauchemar intime et une impossibilité de communiquer. Autour de Bernard au proche passé brûlant, deux personnages troubles : Robert, son mauvais génie de l’époque algérienne, et Alphonse, le premier amour de sa belle-mère ressurgi de son passé idéalisé, mythomane et affabulateur, qu’une chanson d’avant-guerre, Déjà de Paul Colline, suffira à démasquer dans la séquence finale : « Malgré nos pleurs, malgré nos ruses, avec nous le destin s’amuse. Tout passe. »
D’autres airs chantés, composés par Hans Werner Henze sur des textes du scénariste Jean Cayrol, jalonnent le film en brèves apparitions, comme pour souligner combien la lutte éperdue d’Hélène contre le temps est vouée à l’échec : « Et le jour, et ses années, dans un panier percé » ; « Le temps se déchire comme une lettre qu’on n’ose plus relire. » « Je choisis toujours ma musique en fonction de mes ersonnages - confie Resnais. La musique de Muriel correspondait à l’idée d’un temps morcelé, éclaté, vécu par des personnages en situation
complètement instable.»