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Saturday
07
APR

Opening Franck Scurti - The Potato Eaters / Sunset stories

14:00
20:00
Galerie Michel Rein
Event organized by Galerie Michel Rein

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La galerie Michel Rein, Paris est heureuse de présenter la sixième exposition personnelle de Franck Scurti, après No Snow No Show (2011), My Creative Method (2012), Still Life, (2013, Bruxelles), Spirit of Dunois Street (2015), et Cloud Merchant (2017, Bruxelles).

Quel pourrait être le dénominateur commun entre un tableau de Van Gogh et l’image photoshopée d’un coucher de soleil, publiée sur Instagram ? L’exposition de Franck Scurti nous donne des éléments de réponse. Comme son titre, l’exposition « The Potatoes Eaters / Sunset Stories » est construite sur une double dialectique.

D’un côté, Les Mangeurs de pommes de terre (1885), célèbre toile du peintre hollandais, donnant à voir une famille de paysans réunie autour d’un plat de pommes de terre, à la lueur verdâtre d’une lampe à huile. Afin de rehausser la scène et de conférer un peu de richesse à ces paysans, Van Gogh avait imaginé sertir sa toile d’or ou de cuivre. On sait que pour le peintre, le métal et le pictural entretiennent une curieuse relation : l’or du soleil et des tournesols, des champs de blé cuivrés. Cette peinture d’une réalité peu rutilante, à la pesante touche, fermée sur elle-même, Franck Scurti, à travers un ensemble de sculptures « hyper produites » aux matériaux manufacturés, léchés, entend l’anoblir. Le filet de pommes de terre, pendu à de rutilants objets d’un cuivre glossy (table, poteau) est désormais recouvert de feuilles d’or.

De l’autre côté, une imagerie fantasmée, celle d’Instagram et de ses couchers de soleil artificiels aux couleurs saturées. Scurti a minutieusement reproduit les paysages rêvés, loin de l’image close et sombre de Van Gogh. S’y incarne une autre misère, celle d’un imaginaire pauvre. Les petites peintures se voient cernées d’un encadrement complexe, fabriqué par l’artiste à partir de chutes de bois et autres rebuts trouvés dans l’atelier (planches de chantier, grilles tordues, croquis délaissés…). Les cadres bricolés dépassent toutefois leur fonction première. Il suggèrent les déplacements verticaux, horizontaux et diagonaux de notre index sur l’écran tactile du smartphone. Le cliché paradisiaque et éphémère, désormais ceint des déchets, est remis dans le circuit, non plus du numérique, mais de l’atelier et de la réalité de la fabrique. Le caractère fragile et fugitif, propre aux réseaux sociaux, est ici comme ralenti, fixé par la patiente construction de l’appareil sculptural qui entoure la peinture.
Van Gogh, peignant le réel, d’une touche épaisse. Des instagramers fabriquant en une seconde une imagerie du bonheur.
À travers cette rencontre inattendue, Franck Scurti interroge la condition de l’artiste, la valeur de l’image et sa persistance historique, en tordant les codes du grand art et de l’amateurisme.

Marjolaine Lévy